23 mai 2016

COMMENT IL FAUT REGARDER LPJ DE YANN BARTHES

Voici un article de presse écrit à l'occasion du départ de YB de CEPLUS et qui fait une analyse pertinente du Petit Journal. Au delà du divertissement, LPJ ne peut pas suffire pour se faire une opinion sur l'actualité qu'il traite, mais venir en complément du reste de la presse. Je me suis toujours méfié des découpages d'images, souvent malhonnêtes, faits par LPJ. 
« Depuis 2004, pendant, puis après la case horaire du “Grand Journal”, Yann Barthès a surévolutionné le vieux journalisme politique à la télévision. C'est la fin d'une ère pour la chaîne de Vincent Bolloré, peut-être même le commencement de sa chute… 
L’émission de 40 minutes de Yann Barthès était l’un des derniers représentants historiques de cet esprit frondeur des débuts de Canal+. Antoine De Caunes, puis le passage en crypté des “Guignols de l’info” n’étaient que les prémices de plus vastes changements au sein de la chaîne. Il ne reste désormais que l’équipe du “Zapping” et de “Made in Groland” à tenir le rang, toujours debout même face à la fin de leur monde. 
On peut reprocher beaucoup de choses à l’émission de l’animateur aux cheveux grisonnants. Son traitement de l’actualité internationale était déplorable, comme on a pu le voir encore tout récemment avec la couverture du “coup d’Etat” légal des riches familles brésiliennes contre Dilma Rousseff. Ce “journalisme-selfie” dont était devenu la figure de proue, Martin Weill avait de quoi agacer, avec ces micro-trottoirs du bout du monde qui ne nous apprenaient pas grand chose. La réappropriation des codes journalistiques à des fins humoristiques n’a pas fait non plus l’unanimité au sein des journalistes, “l’infotainment” restant encore mal vu dans la profession en France. Car “Le Petit Journal” n’hésitait pas non plus à se moquer des journalistes, soit en les filmant en situation de tournage, soit en se moquant de certains de leurs sujets. 
C’est ce qui a constitué le style de Yann Barthès : pointer du doigt la machine médiatique, et la démonter mécaniquement. Cette technique lui permettait de mettre au jour de décrypter des situations drôles. Cela pouvait être le geste d’un homme politique qui était passé inaperçu, une répétition du même discours plusieurs fois, des images de coulisses… 
En détruisant soigneusement chaque élément de langage des communicants, l’émission poussait le téléspectateur à la prise de recul devant les images qui sont diffusées à la télévision. 
Le “Canard Enchaîné” ne se lit pas seul, mais en complément du reste de la presse. Sans avoir connaissance des actualités qui y figurent, il est difficile de comprendre son humour. Il en va de même pour “Le Petit Journal” : l’émission reprend des informations ou des images d’autres médias, pour en dégager le ridicule. 
C’est ce recul qui nous manquera désormais sur la chaîne cryptée. Nostalgie Décembre 2009. La caméra du “Petit Journal” filme ce jour-là des fans de Snoop Dog avant le début d'un concert. L'un d'eux touchera du doigt l'éternité, dans ce moment mêlé de grâce et d'infinie solitude. »

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