10 févr. 2015

ABUS SEXUEL EN PRISON





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"Azed est un jeune homosexuel de 28 ans. Il a connu la prison de Fleury Merogis pour trafic de stupéfiants. Sorti l'année dernière après 4 ans derrière les barreaux, il m'explique une vie sous les verrous à mille lieux des clichés véhiculés par l'imaginaire collectif gay".
Filou : Comment es-tu arrivé en prison ?
Azed : J'ai beaucoup dealé lorsque j'étais jeune. Je suis passé plusieurs fois au tribunal sans jamais finir par la case prison. Seulement un jour, je suis remonté d'Espagne avec une quantité assez importante de shit. Je sortais à l'époque avec un jeune homosexuel, qui était en réalité un indicateur de l'OCRTIS (L'Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des stupéfiants). Il m'a balancé et j'ai pris 4 ans fermes pour récidive.
Filou : Comment imaginais-tu le milieu carcéral ?
Azed : Je n'y avais pas trop pensé. En tout cas ce n'est pas le genre de truc qui me faisait bander. Quand je suis entré en tôle, j'avais l'impression que ma vie s'arrêtait là, qu'il n'y avait plus rien après. La vie en prison a-t-elle été plus difficile parce que je suis gay ? Sans aucun doutes. Quand tu arrives là-bas, la première chose à dire c'est que t'es pas pédé. L'homophobie y est encore plus forte qu'à l'extérieur. J'ai vite sympathisé avec un compagnon de cellule, et un soir où j'allais mal, j'ai eu le malheur de lui dire que j'étais homosexuel. Ca a été le début de l'enfer... 
Filou : Que s'est-il passé ?
Azed : Il l'a répété à d'autres détenus, en prison on est vite catalogué, tout circule très vite. J'ai été victime d'intimidations, d'agressions et finalement de viols. Je n'osais plus aller me promener ou aller aux douches, j'étais terrorisé. J'ai alerté l'administration pénitentiaire pour qu'ils me transfèrent, ils ne l'ont jamais fait.
Filou : Et les gardiens ?
Azed : Ils s'en foutent, ils savent très bien ce qui se passe. Chez eux aussi, l'information tombe très vite. Ils savaient que j'étais homosexuel. Je pense que pour eux, il était tout à fait normal que je subisse des agressions sexuelles, qu'après tout, comme j'étais pédé, c'est ce que je recherchais... J'ai même entendu une fois un gardien dire à un autre « Quand un gars me pose trop de soucis, je le mets à la douche en disant aux autres que c'est un pédé et je ferme la porte. En général, ça marche... »
Filou : Personne ne te venait en aide ?
Azed : Absolument pas, mais ce n'est pas tout. Le pire, ça a été d'apprendre à ma sortie de prison ma séropositivité. J'ai la rage contre l'administration pénitentiaire qui a laissé faire, et qui nie encore aujourd'hui l'existence d'une sexualité en prison. Aujourd'hui je me suis rapproché d'une association de lutte contre le sida pour faire avancer les choses... 
Filou : Aujourd'hui comment te sens-tu ?
 Azed : Je n'ai toujours pas retrouvé d'emploi, mais je vais mieux depuis quelques mois parce que j'ai trouvé quelqu'un. Il m'accepte malgré mon passé en prison et ma maladie. C'est lui qui me donne la volonté de me battre et de retrouver une vie respectable

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